Paul Lahana

Résidence : Paris (FR)

Vit et travail à Paris

PAUL LAHANA

À la question “qu’est-ce que c’est l’art?”, il vous répond : « Quelque chose qui parle du maintenant. ». Le maintenant renvoie, dans son sens le plus étroit, au moment singulier, instantané et éphémère. Dans sa perspective la plus vaste, "le maintenant" se dissout dans le continuum du temps, inévitablement débiteur du moment précurseur et intrinsèquement impliqué dans celui qui va suivre. Loin de s’imposer au spectateur de façon criarde ou d’occuper l’espace de manière éhontée, ses interventions sont caractérisées par une modestie et une pudeur esthétique presque troublante. Souvent, au premier abord, le regard du spectateur tend à glisser vers d’autres objets à proximité, plus centralisateurs, moins fragiles ou moins discrets. Lahana se sert de préférence de matériaux simples, choisis en fonction de leurs effets plastiques. Souvent, ils proviennent de l’univers du chantier, tel que le filet d’échafaudage, les tubes métalliques, les plaques de verre ou encore du polystyrène extrudé. Parfois, ses matériaux viennent aussi de monde de la scène, comme les spots, les néons ou les feuilles de gélatine. Souvent ces éléments sont récupérés, l’artiste ne se gênant pas pour intégrer les imperfections et les signes d’utilisations précédentes dans ses pièces. Le choix des composantes étant discret, voire presque banal, ce sont l’assemblage, la manipulation et la manière dont les composantes s’articulent entre elles qui déterminent la valeur esthétique du travail de Paul Lahana. C’est une valeur qui se dévoile fréquemment au deuxième coup d’oeil, voir même au troisième, ou alors, peut être, pas du tout. C’est un risque calculé auquel s’expose l’artiste dont la recherche traduit de façon cohérente le phénomène déclencheur de l'expérience artistique. Diffraction, par exemple, est une série d’interventions réalisées in situ à partir des néons présents dans l’espace d’exposition. Composées d’une ou plusieurs feuilles de gélatine colorée, ces oeuvres rappellent de loin des emballages de bonbons froissés. Ils invitent le spectateur à se laisser impliquer dans un jeu de lumière et de couleur dont le rythme est dicté par les pliures données par l’artiste à la gélatine. Les feuilles présentent plusieurs trous ronds, tel que ceux qui restent après avoir réalisé des découpes pour des projecteurs de scène ou de théâtre. Mais ces trous servent au final à enfiler le néon à travers la gélatine. Les trous ne se trouvant pas dans un angle ou bien proche du bord de la feuille, comme on le ferait normalement pour des raisons économiques, mais disposés de manière aléatoire. Lahana simule ainsi une situation qui n’a, en réalité, jamais eu lieu. Il questionne les attentes et hypothèses auxquelles le visiteur pourrait aboutir en s’interrogeant sur la nature de cette intervention. La notion de déplacement est donc centrale dans la démarche artistique de Lahana : qu’il soit physique ou culturel. Le déplacement permet de re-calibrer constamment les paramètres qui définissent sa propre vision de la réalité en fonction du contexte ou encore de relativiser ses propres impressions par le moyen d’une comparaison avec un système aux coordonnées différentes. En fait, ses oeuvres séduisent le spectateur attentif en l’exhortant à se déplacer autour d’elles, générant une déambulation nécessaire qui pourrait représenter le contrepoint de la manière dont l’artiste rencontre les phénomènes qui l’interpellent et à partir desquels il se met au travail. 
On se déplace à pied ou en voiture, en train ou en avion, mais, la plupart du temps, on marche dans la rue. Et, parce que c'est souvent dans la rue que Lahana trouve les matériaux pour réaliser ses pièces, il est important de souligner cette ambiance dans la phase de conception des oeuvres ; la rue étant la scène sur laquelle la vie s'étale dans toute sa complexité. La série Estorbos, créée lors d’un séjour de l'artiste au Mexique en 2014, cristallise de manière exemplaire cette dimension. Cet ensemble de sculptures en plâtre a pour module de départ une bassine et un fond de bouteille de 10 litres.La source d’inspiration de cette série réside dans la rue où l’on trouve partout ces « estorbos » (obstacles), objets réalisés par les hommes de maison pour bloquer des places de parking pour leur employeur. En général, ces objets sont simplement du béton coulé dans un grand seau de peinture avec parfois une barre métallique plantée dedans. Ces formes sont produites en vitesse, selon un principe d’économie d’énergie et, surtout, sans aucune volonté esthétique : autrement dit, ces objets sont fabriqués pour être seulement lourd et préhensible. L’artiste a été fasciné par la variété des formes et la facilité de leur réalisation en partant d’un même module. Il est parvenu avec cette pièce à sublimer des éléments caractérisant la fragmentation sociale du pays de manière légère et pétillante, tout en reflétant le contexte de production sans pour autant faire de la critique sociale. Ici la rue est le point de départ et le point d’arrivée, signifié et signifiant. Système de connexions économiques et humaines, catalyseur de nouveaux échanges, la rue est le lieu du maintenant par définition.

Jacques Toussaint

Paul Lahana travaille sur les détails du quotidien, le presque rien qui pourrait échapper à notre attention. Il s’intéresse à la manière dont tout à coup un détail nous apparaît comme une anomalie. C’est dans cette re-fabrication de l’expérience vécue qu’il en crée une nouvelle, différente de l’originale, à la fois par ses matériaux mais aussi par sa durée, amenant le spectateur à repositionner son regard. 

Ses travaux ont été exposé à l’atelier Janssens et à la Galerie Xénon. Il est représenté par la galerie UN-SPACED....

Effet Leger / Light Effect, 2015

Edition de 5 Ex + 2 EA
Détail de l'Œuvre
  • Année 2015
  • Encadré Non
  • Technique Dyptique : 23 x 40 par photo. Tirage contre-collé sur pvc
  • Dimensions 60 x 45 cm
  • Mots clés Architecture
450,00 €

Soyez le premier à commenter ce produit